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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 23:18

Le dernier épisode de la guerre d'Algérie a lieu à Oran le 5 juillet 1962, le jour même de la proclamation officielle de l'indépendance algérienne. C'est un épisode presque « oublié » de la fin de l'Algérie française.

 

Les accords d'Evian, signés les 18 mars 1962,  consacrent le cessez-le-feu en Algérie qui entre en application dès le lendemain. Mais ce cessez-le-feu n’est pas respecté partout.

Dès le 17 avril, une vague d’enlèvements de personnes s’abat sur Oran. Les rapts s’effectuent par le moyen de barrages établis dans la ville par le FLN, notamment dans les quartiers musulmans que doivent traverser des Européens pour se rendre à leur travail - quartiers où les soldats français ne patrouillent plus. Les enlèvements sont quotidiens. Ils vont se poursuivre jusqu’au mois de novembre.

Le 1er juillet, a lieu en Algérie, qui était encore un département français, un référendum sur l'autodétermination. Le « Oui » l'emporte haut-la-main avec une quasi-unanimité : 99,72% des près de 6 millions de suffrages exprimés. Le 3 juillet, le général de Gaulle reconnaît l'indépendance de l'Algérie qui est officiellement proclamée le jeudi 5 juillet 1962.

 

La fusillade

Ce 5 juillet, les Algériens étaient dans la rue pour fêter l'indépendance quand tout a basculé.

Á 11 heures 15, un coup de feu d’origine inconnue est entendu, place d’Armes à Oran. On n’y prête guère attention, puisque l’on est familier des coups de feu (depuis le 1er juillet, l’habitude est prise de tirer en l’air pour manifester sa joie). Mais d’autres coups de feu répondent au premier. Des musulmans armés se mêlent à la foule. Certains sont en uniforme (ATO et ALN). Et il s’avère que de nombreux manifestants sont armés. Les tirs se généralisent. Un mouvement de panique s’empare de la foule des manifestants musulmans. Beaucoup se couchent à terre. Femmes et enfants s’enfuient.

La fusillade est si nourrie et si confuse qu’on ne peut dire qui tire sur qui. On attaque même les zouaves en faction à l’entrée de l’opéra, qui ripostent.

 

Le massacre

On ignore qui prend l’initiative du massacre d’Européens qui va suivre.

En revanche, concernant son déroulement ainsi que les enlèvements, les témoins directs mettent en cause l’ALN, les ATO et des civils équipés d’armes de poing et de couteaux. Au début, l’on voit beaucoup les ATO s’impliquer dans les lynchages et dans les meurtres. Puis, peu à peu, les hommes de l’ALN s’imposent en nombre dans ces mêmes exactions.

Tous ces hommes armés agressent les Européens qu’ils rencontrent, dans un déchaînement meurtrier. C’est une véritable chasse à l’homme qui s’organise. Elle va mettre à feu et à sang de nombreux quartiers européens. Les hommes armés se ruent sur les immeubles, enfoncent les portes des appartements, ouvrent le feu dans les restaurants, arrêtent, enlèvent, égorgent, au hasard des rencontres.

Des rafales de mitraillette balaient les terrasses des cafés, les porches, les voitures. Sur les atrocités commises, de nombreux témoignages se recoupent : exécutions sommaires d’Européens et de musulmans soupçonnés de leur avoir été favorables, scènes de lynchage (place d’Armes, boulevard de Sébastopol, place Karguentah, boulevard de l’Industrie, rue d’Arzew et ailleurs), actes de torture (pendaison, pendaison à des crocs de boucher, mutilations, énucléations).

Les enlèvements

Les premiers rapts sont signalés vers 12 heures 10 : une centaine d’Européens sont dirigés sur Ville-Nouvelle (quartier musulman du centre). D’autres rapts ont lieu avenue de Sidi-Chami (12 heures 20). Entre 12 heures et 12 heures 30, la poste principale est envahie, les fonctionnaires présents sont égorgés et une trentaine de personnes, hommes et femmes, sont enlevées, contraintes de se déplacer à genoux. À 13 heures 15, des zouaves signalent de nombreux enlèvements d’Européens, rue du Lieutenant-Dahan et dans le secteur du cinéma Rex (rue de Tlemcen). D’autres sont signalés boulevard du 2e-Zouaves, rue d’Arzew (rue Général-Leclerc), boulevard de Mascara (boulevard Édouard-Herriot) et boulevard du Corps-Expéditionnaire-Français. Les hommes de l’ALN quadrillent la ville. Ils enlèvent des personnes, et les regroupent. C’est ainsi qu’ils conduisent des Européens en cortège au commissariat central, ou vers Petit-Lac (quartier musulman, au sud-est). Certains de ces prisonniers sont tués en chemin.

 

Il faut attendre 17 heures pour que l’armée Française prenne position dans la ville et commence à rétablir le calme. Au soir de cette journée, le général De Gaulle apparaît comme prévu à la télévision, et proclame l’indépendance de l’Algérie. Aucune information ne filtre sur les ondes en Métropole sur les évènements du jour à Oran !

 

Cet épisode tragique, qui accélère et amplifie fortement la fuite massive des pieds-noirs vers la métropole, demeure un sujet sensible et controversé.

Chaque camp a donné sa version des événements et de l'origine des tirs qui ont déclenché des exactions et des chasses à l'homme visant des Européens et des musulmans suspectés d'être hostiles à l'indépendance.

Une bataille de chiffres persiste sur le nombre de victimes (morts et disparus), qui serait vraisemblablement de l'ordre de 700 à 1000, selon les différentes sources.

 

Relire aussi :

14 juin 1830 - Les Français débarquent en Algérie

18 mars 1962 - Accords d'Évian

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